– Déprescription des statines chez les personnes de 75 ans et plus sans antécédents. Lancet 7/2026
Chez les personnes âgées de 75 ans ou plus recevant des statines pour la prévention primaire et sans antécédent de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse, l’arrêt des statines n’était pas inférieur au maintien en termes de mortalité toutes causes confondues ni d’événements cardiovasculaires sur 3 ans. (639 vs 521 participants).
NDLR : Bravo pour l’initiative mais quelques réactions critiques de nos relecteurs
Probablement que les patients inclus étaient déjà des patients qui supportaient bien les statines.
Si cette seule étude ne doit pas pousser les médecins à arrêter les statines en prévention primaire chez les patients de plus de 75 ans, elle doit en tout cas encourager à une décision partagée avec le patient tenant compte que l’abstention n’est pas irraisonnable. Et, pour faciliter le choix éclairé, ce serait bien de disposer de scores au dessus de 75 ans, comme on en a pour les populations plus jeunes : une raison supplémentaire de faire des études sur cette population.
Au niveau politique et santé publique, est-ce que le budget consacré aux statines dans cette indication dans cette population ne serait pas mieux utilisé ailleurs?
Etude pragmatique (menée dans des conditions proches de la pratique clinique réelle) réalisée avec des MG français, résultats probablement donc applicables à notre pratique belge.
Mais 4 problèmes à mon avis :
1/ le but de cette RCT de non-infériorité était de valider la déprescription de statines, malgré qu’elle ne soit pas plus efficace sur la mortalité que la continuation de statines, pour des bénéfices cliniques importants autres que l’efficacité (moins d’effets secondaires, moins d’interactions médicamenteuses chez ces patients âgés polymédiqués, meilleure qualité de vie). A condition que la perte maximale d’efficacité concédée reste inférieure à une marge de « non-infériorité » définie avant l’étude. Si l’étude montre bien que cette dernière condition est bien remplie, elle ne montre par contre aucune réduction des effets secondaires ni d’amélioration de la qualité de vie au SF12.
2/ la marge de non-infériorité de 5% en 3 ans pour la mortalité me semble beaucoup trop laxiste au vu de la mortalité observée dans l’étude (7%). Si mon médecin trouve acceptable de me proposer d’arrêter ma statine avec, au pire, un risque presque doublé d’en mourir (7+ 5=12) je change prudemment de médecin… Les auteurs de l’étude reconnaissent le problème mais ne s’en tracassent pas car leur étude montre l’absence de différence statistiquement significative entre les deux groupes continuation-déprescription avec un intervalle confiance de la différence allant de -3,95% à +2,60%, soit un risque maximal de surmortalité de 2,6% jugé acceptable. Mais ils se basent sur une analyse en Intention de Traiter (tous les patients randomisés dans leur groupe d’origine) alors que dans une étude de non infériorité il faut se baser sur l’analyse Per Protocol (exclusion des patients ayant changé de groupe en cours d’étude). Dans cette analyse, présentée par les auteurs à titre informatif mais pas comme outcome primaire, l’intervalle va de -3,28% à +3,36% soit un risque maximal de surmortalité de 3,4% en réalité. Néanmoins, comme il s’agit d’une étude pragmatique, il serait logique que cette règle de prépondérance de l’analyse PP ne s’applique pas et que l’analyse ITT reste la référence. A vérifier avec un statisticien…
3/ Il s’agit d’une étude réalisée en ouvert et pas en aveugle. Ce choix a été fait car c’est une étude pragmatique et aussi parce que le non-insu ne pourrait pas biaiser un outcome aussi objectif que la mortalité. Mais si j’avais été un des MG inclus dans cette étude, je me serais efforcé, consciemment ou non, de minimiser le risque de surmortalité chez mes patients randomises dans le groupe déprescription, en me « battant » davantage pendant les 3 ans de l’étude pour leur poids, activé physique, alimentation, tabagisme, contrôle TA, contrôle diabète… Et idem probablement dans la tête du patient. Cela a quand même pu biaiser les résultats en diminuant sélectivement leur mortalité
4/ Ce sont les 300 MG qui ont inclus chacun 4 patients 75+ en moyenne dans l’étude. A leur place j’aurais sélectionné ceux en meilleure santé et les plus compliants avant de leur proposer de participer à l’étude, pour limiter la casse au cas où ils seraient randomisés dans le groupe déprescription ! Cela n’est pas source de biais mais limite probablement l’extrapolabilite des résultats à l’ensemble des 75+
Cette étude est actuellement la seule disponible sur ce sujet. Elle est d’excellente qualité méthodologique mais laisse quelques zones d’ombre et ne rassure pas totalement sur une déprescrition aux enjeux potentiels importants. J’attendrais confirmation par les résultats des autres études actuellement en cours sur le même sujet.